80 ans d'évolution d'

Un réseau mondial de musées

Aujourd’hui, le Conseil international des musées (ICOM) réunit plus de 67 000 membres dans 137 pays et territoires, avec 121 comités nationaux, 35 comités internationaux, 7 alliances régionales et plus de 20 organisations affiliées, ce qui en fait la plus grande organisation de musées et de professionnels de musées dans le monde. Le petit groupe de professionnels engagés de 1946 est devenu un vaste réseau mondial.

Depuis ses origines principalement européenne et nord-américaine dans l’immédiat après-guerre, l’ICOM s’est progressivement développé pour devenir une organisation véritablement mondiale, marquée par l’évolution des contextes géopolitiques, les processus de décolonisation et la diversité croissante des pratiques muséales dans le monde.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Ce premier chapitre retrace huit décennies d’efforts collectifs, inspirés par l’idéal constant de favoriser la coopération internationale entre les musées et les institutions culturelles, en réunissant des professionnels par-delà les frontières géographiques et disciplinaires.

 

Brochures de l'ICOM 1968-2005 ©ICOM (International Council of Museums)

L’ICOM est entré dans sa première phase d’expansion dès sa création, passant de 367 membres lors de sa 1re Conférence générale en France en 1948 à 2 793 membres en 1968, année de sa 8e Conférence générale en Allemagne. La période 1968–1977 a vu l’organisation s’adapter à des processus plus larges d’ouverture culturelle et de démocratisation des pratiques muséales à la suite des événements de 1968. Les années 1980 ont été une période de consolidation institutionnelle, illustrée par l’adoption en 1986 du premier Code de déontologie, qui est aujourd’hui une référence majeure dépassant le cadre de l’organisation elle-même et mis à jour plusieurs fois depuis. La croissance de l’ICOM relève tout autant d’une expansion quantitative que d’un changement qualitatif.

Les adhésions ont continué d’augmenter à l’ère de la transformation numérique et de l’interconnexion mondiale croissante, passant de 14 521 membres en 2000 à 27 604 en 2010, pour atteindre 67 476 en 2025.

S’appuyant sur un important fonds d’archives — comprenant actes de conférences, photographies, textes fondateurs, rapports des comités et résolutions votées en assemblées générales — ce chapitre met en lumière les moments clés de l’histoire de l’ICOM et les acteurs qui les ont rendus possibles. C’est avant tout une histoire de personnes : des professionnels de musées engagés, convaincus de l’importance de la collaboration transfrontalière et de l’échange d’expertises dans le secteur muséal.

Dans le paysage plus large du dialogue culturel international des XXe et XXIe siècles, l’histoire de l’ICOM reflète à la fois la professionnalisation et la démocratisation du domaine muséal. Ce chapitre met donc en avant les mutations les plus marquantes qui ont progressivement donné forme au réseau mondial qu’il est devenu.

Nous vous invitons à explorer ce premier chapitre et à découvrir comment, en effet, les musées n’ont pas de frontières, ils ont un réseau.

Croissance adhésions

Aujourd'hui, le nombre des adhésions est un critère souvent utilisé pour évaluer le développement d'une organisation, et l'ICOM a connu une croissance régulière au fil du temps. Cependant, il faut savoir que les premiers statuts limitaient la composition de chaque comité national à un maximum de 15 membres, empêchant explicitement l'expansion au sein des comités. Cette restriction a été levée au début des années 1970 à la suite d'une révision des statuts, entraînant une augmentation significative du nombre des membres à l'échelle mondiale. A l’inverse, en vertu des statuts de 2017, un comité national doit désormais compter un minimum de huit membres pour être officiellement reconnu.

Dépliant de l'ICOM 1969 ©ICOM (International Council of Museums)

Un réseau élargi  : au-delà de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord

Officiellement créé en novembre 1946 à Paris, en France, à l’initiative de Chauncey J. Hamlin (États-Unis), le Conseil international des musées (ICOM) trouve son ancrage initial entre Europe et Amérique du Nord. Cette géographie originelle est à l’image de l’équilibre politique d’après-guerre ; elle s’appuie sur de solides infrastructures muséales et des réseaux internationaux existants, implantés principalement dans des démocraties industrialisées.

Des représentants de toutes les parties du monde

Lors de l’Assemblée constituante, quatorze pays étaient représentés, tous Européens ou d’Amérique du nord, à l’exception du Brésil. Dès le départ, cependant, l’ICOM a eu pour ambition d’élargir la portée de son action au-delà de ces régions, et d’inclure des représentants de toutes les parties du monde.

Dès 1947, Chauncey J. Hamlin déclarait : «Les portes de notre organisation sont et ont toujours été grandes ouvertes pour accueillir dans nos rangs les responsables de musées de toutes les nations du monde, et à mesure que notre travail progresse et que nous nous efforçons d’établir son utilité et sa valeur, il est à prévoir que les musées des quelques pays qui ne se sont pas encore organisés pour participer à notre travail prendront des mesures pour le faire et se joindront à nous dans le travail que nous avons déjà entrepris et planifions d’entreprendre à l’avenir.» De la fin des années 1940 aux années 1950, le réseau de l’ICOM s’est étendu au-delà de son noyau initial.

Cette expansion était déjà visible lors de la toute première Conférence générale en 1948, où cinquante-trois pays des cinq continents étaient représentés. L’ICOM a également joué un rôle de pont culturel rare entre les blocs de la Guerre froide, la diplomatie muséale offrant un terrain relativement neutre pour la collaboration Est-Ouest. Revenant sur ses années à l’ICOM dans les années 1960 et 1970, Hugues de Varine-Bohan se souvient : « J’ai été témoin [du] […] maintien de relations de coopération et d’échanges fréquents et relativement faciles entre les musées de l’Est et ceux de l’Ouest […] A part quelques difficultés de visas ou de devises, de temps à autre, on peut dire que, à l’ICOM, le rideau de fer n’a pas empêché de poursuivre le travail professionnel. » (Mon passage à l’ICOM 1962-1974, 2017, p. 21).

De l’eurocentrisme aux perspectives postcoloniales

Les années 1960 et le début des années 1970 ont marqué un tournant décisif, passant de l’expansion eurocentrique à la mondialisation postcoloniale. Cette phase a bénéficié de l’essor des institutions culturelles nationales dans les États nouvellement indépendants. Dans les années 1960, même avant la création d’un comité national dans certains pays, le directeur de l’ICOM Hugues de Varine-Bohan a entrepris de nombreuses missions dans plusieurs régions (notamment en Asie du Sud et du Sud-Est en 1966, en Amérique latine en 1967, et en Afrique tropicale en 1968) pour collecter des informations sur la situation des musées et discuter des possibilités d’actions de l’ICOM dans ce domaine. À la suite de ces voyages, il s’est attaché à promouvoir la création d’agences régionales et soulignait l’importance de la coopération au sein de ces alliances régionales.

Dans les années 1970, les pays d’Amérique latine ont pris une place de plus en plus significative, notamment dans le domaine de la muséologie, ce qui a permis une meilleure compréhension mondiale des défis spécifiques auxquels font face les musées de la région. Afin de tenir compte de l’importance de cette contribution aux travaux de l’organisation, l’espagnol est devenu la troisième langue officielle de l’ICOM en 2001, aux côtés du français et de l’anglais. Cette décision majeure a souligné l’importance de la langue pour la compréhension mutuelle et la diversité culturelle.

 

Des comités nationaux sur tous les continents

Les années 1990 ont marqué une période de croissance et de reconfiguration majeures pour l’ICOM, avec la création de nouveaux comités nationaux – ou la recréation de comités inactifs – à la suite de transitions politiques, notamment en Europe centrale et orientale, en Afrique et dans certaines parties d’Asie. Cette expansion s’est accompagnée d’un changement à forte valeur symbolique vers un leadership mondial plus équilibré. Cette décennie a consolidé la transformation de l’ICOM en une organisation véritablement internationale, sans domination de l’Europe et de l’Amérique du Nord, mais de plus en plus façonnée par des contextes postcoloniaux et post-Guerre froide.

En 1989, Alpha Oumar Konaré (Mali) est devenu le premier président africain de l’ICOM, en succédant à Geoffrey Lewis (Royaume-Uni) comme huitième président de l’organisation. Après lui, en 1992, Saroj Ghose (Inde) devenait le premier président de l’ICOM issu d’un pays asiatique. La première présidente originaire d’Amérique latine et des Caraïbes fut Alissandra Cummins (La Barbade) en 2004. Elle fut également la première femme présidente de l’organisation.

Cette expansion mondiale continue du réseau de l’ICOM s’est matérialisée par la création de nouveaux comités nationaux sur tous les continents. Dans les années 2000, elle a ralenti et s’est stabilisée.

Le développement des comités nationaux de l’ICOM reflète les étapes de son histoire: un ancrage occidental au sortir de la deuxième guerre mondiale, des ponts durant la Guerre froide, une expansion postcoloniale, une reconfiguration après1989 et la consolidation contemporaine d’un réseau quasi mondial.

S’adapter aux défis contemporains

A partir des années 2010, l’ICOM est entré dans une phase axée sur la consolidation et la recherche d’efficacité dans des communautés mondiales en évolution rapide. Cette période a été marquée par des efforts visant à renforcer la gouvernance, à traiter les questions éthiques, sociales et politiques affectant les musées, et à soutenir les régions où les comités nationaux étaient fragiles ou avaient besoin de soutien pour se rétablir.

Jusqu’à aujourd’hui, le réseau mondial de l’ICOM a continué d’évoluer sans négliger sa portée symbolique ni ses critères de sélection, avec de nouveaux comités nationaux ou des comités renaissants reflétant les débats en cours autour de la souveraineté culturelle, des normes professionnelles et du rôle des musées dans la société.

Documents d'archives – Un réseau élargi 

Le président de l'ICOM, C. Hamlin, et le directeur de l'ICOM, Georges-Henri Rivière, lors de la séance d'ouverture de la Conférence générale de l'UNESCO, Florence, 1950
Photo: ©Manuelli, R

  • 1946

    • CIMUSET

      Comité international pour les musées et collections de sciences et techniques

    • ICMAH

      Comité international pour les musées et collections d’archéologie et d’histoire

    • ICME

      Comité international pour les musées et collections d’ethnographie

    • ICOM DESIGN

      Comité international des arts décoratifs et du design

    • NATHIST

      Comité international pour les musées et collections de sciences naturelles

  • 1948

    • ICOM ARCHI-TECHS

      Comité international pour l’architecture et les techniques muséographiques

  • 1950

    • ICOM DOCUMENTATION

      Comité international pour la documentation

  • 1954

    • ICOM ARMS & MILITARY

      Comité international des musées d’armes et d’histoire militaire

  • 1959

    • GLASS

      Comité Internacional para Museos y Colecciones de Vidrio

    • ICOM MUSIC

      Comité Internacional para Museos y Colecciones de Instrumentos y de Música

  • 1962

    • CIMAM (-2015)

      Comité international pour les musées d’art moderne

    • COSTUME

      Comité international de l’ICOM pour les musées et collections de costume, mode et textile

    • ICR

      Comité international pour les musées régionaux

  • 1966

    • CECA

      Comité international pour l’éducation et l’action culturelle

  • 1967

    • ICOM-CC

      Comité international pour conservation

  • 1968

    • ICTOP

      Comité international pour la formation du personnel

  • 1974

    • ICOM SECURITY

      Comité international pour la sécurité dans les musées

  • 1976

    • ICOM COMMS

      Comité international pour la communication, le marketing et la participation du public

  • 1977

    • CIPEG

      Comité international pour l’égyptologie

    • ICLCM

      Comité international pour les musées littéraires et de compositeurs

    • ICOFOM

      Comité international pour la muséologie

  • 1980

    • ICFA

      Comité international pour les musées et collections des beaux-arts

  • 1982

    • ICOM EXHIBITIONS

      Comité Internacional de Exposiciones

  • 1982

    • INTERCOM

      Comité international pour la gestion des musées

  • 1990

    • AVICOM

      Comité international pour l’audiovisuel, les nouvelles technologies et les médias sociaux

  • 1998

    • DEMHIST

      Comité international pour les demeures historiques-musées

  • 2000

    • UMAC

      Comité international pour les musées et les collections universitaires

  • 2001

    • ICMEMOHRI

      Comité international des musées commémoratifs et des droits de l’homme

  • 2004

    • ICOM CITIES

      Comité international sur les collections et activités des musées des villes

  • 2010

    • COMCOL

      Comité international pour le développement des collections

  • 2019

    • DRMC

      Comité international pour les musées résilients aux catastrophes

    • ICEthics

      Comité international sur les dilemmes éthiques

  • 2023

    • ICOM SUSTAIN

      Comité international sur les musées et le développement durable

    • SOMUS

      Comité international pour la muséologie sociale

  • 2024

    • ICOM STORAGE

      Comité international sur les collections en réserve

Chronologie – Comités internationaux

Réunion d'experts sur le Retable de Gand (L'Adoration de l'Agneau mystique), Bruxelles, 1950. Georges Salles, Paul Coremans, Arthur van Schendel et d'autres collègues. ©ICOM Archives

Émergence de nouveaux domaines professionnels

Alors que l’ICOM a grandi géographiquement, comme illustré ci-dessus, la portée et la profondeur des questions auxquelles il s’intéresse se sont également élargies.

Dans les premiers temps, le sujet de préoccupation principal des membres de l’ICOM était la conservation des œuvres d’art dans les musées. Hugues de Varine-Bohan souligne comment «Pendant toutes mes années à l’ICOM, la conservation des collections et en général des biens culturels a été sans aucun doute l’activité principale de l’organisation et de son Comité international pour la conservation. » (Mon passage à l’ICOM 1962-1974, 2017, p. 11). La Commission pour le traitement des peintures a été créée dès 1948 et a fusionné ensuite avec le Comité pour les laboratoires de musées pour former en 1967 le Comité international pour la Conservation. L’ICOM s’est particulièrement intéressé à la préservation des collections dans les musées des beaux-arts, des sciences et techniques, d’histoire naturelle et d’ethnologie, mais aussi aux jardins et parcs, qui étaient des thèmes très populaires dans les années 1940. Cet accent mis sur la conservation allait de pair avec un intérêt pour la muséographie et l’architecture, les expositions constituant déjà une partie centrale des missions des musées.

Une attention croissante à la formation et aux échanges

Dans les années 1950 et 1960, un autre sujet a retenu une attention croissante : la formation, le statut et les échanges entre les personnels de musées. Lors de la 7e Conférence générale en 1965, un thème de travail général a été adopté pour la première fois : «Formation du personnel de musée», ce qui a conduit à la création d’ICTOP (Comité international pour la formation du personnel) en 1968. Cette orientation a continué à se développer tout au long des années 1970 et 1980 et reste une priorité majeure aujourd’hui.

En 1950, un comité international a été créé pour traiter d’un autre aspect important de la gestion des collections: la documentation (CIDOC, maintenant ICOM Documentation). Il offre encore aujourd’hui un forum de communication, de coopération et d’échange d’informations entre les musées, les professionnels de musées, les chercheurs et toute autre personne concernée par l’information et la documentation muséales.

Un intérêt croissant pour la muséologie

En 1967, la réunion d’un groupe d’experts sur la formation du personnel de musée en Europe, tenue à Brno, en Tchécoslovaquie, a marqué le premier effort pour faire reconnaître la muséologie comme discipline scientifique dans les universités. Dix ans plus tard, en 1977, le Comité international pour la muséologie (ICOFOM) était formé avec Jan Jelínek, anthropologue tchèque, muséologue et président de l’ICOM de 1971 à 1977, comme premier président.

L’expansion des comités en Amérique latine et l’intérêt de l’ICOM pour étudier, partager et diffuser différentes approches de la théorie muséale à la fin des années 1960 et au début des années 1970 ont conduit à la table ronde de Santiago du Chili (31 mai 1972) sur «Le développement et le rôle des musées dans le monde contemporain», et à l’émergence de la nouvelle muséologie.

Lutter contre le commerce illicite de biens culturels

Depuis 1947, l’ICOM s’oppose fermement aux fouilles illégales et à l’exportation de biens culturels. Il a activement lutté contre le trafic illicite de biens culturels et encouragé les musées du monde entier à adopter une position ferme contre celui-ci. Pour soutenir ces efforts, l’ICOM a sensibilisé le public au sein de la communauté muséale et au-delà – souvent en collaboration avec des partenaires internationaux tels que l’UNESCO ou INTERPOL – pour développer des capacités multisectorielles, élaboré des directives éthiques à travers son Code de déontologie pour les musées et participé à la création d’outils opérationnels tels que Object ID ou l’Observatoire international du trafic illicite de biens culturels.

L’une des initiatives les plus importantes de l’ICOM dans ce domaine sont les Listes rouges de l’ICOM, préfigurées par la collection Cent objets disparus. Créées en 1997 et publiées pour la première fois en 2000, ces Listes rouges identifient les catégories d’objets culturels de pays ou de régions spécifiques particulièrement vulnérables au pillage et au trafic illégal. Des éditions dédiées à l’Afrique (2000) et à l’Amérique latine (2003) jusqu’aux plus récentes sur la Grèce et la Türkiye (2025), au total 22 listes rouges ont déjà été publiées grâce à des experts du monde entier. En outre, en réponse à des situations géopolitiques urgentes, l’ICOM a également publié des éditions d’urgence, telles que la Liste rouge d’urgence des biens culturels en péril — Ukraine en 2022.

Préoccupations contemporaines : développement durable et réserves de musées

Le développement durable est au cœur des préoccupations de l’ICOM depuis de nombreuses années. En 2018, un Groupe de travail de l’ICOM sur la durabilité a été établi pour favoriser l’intégration des Objectifs de développement durable des Nations Unies et de l’Accord de Paris dans l’ensemble de ses activités. Son action aboutit, en 2023, à la création du Comité international sur les musées et le développement durable (ICOM Sustain)

Plus récemment, la question de la gestion des réserves de musées a connu un regain d’intérêt. Les débats en cours sur ce sujet depuis les années 1970 ont conduit, en 2022, à la création d’un groupe de travail dédié, auteur d’un rapport sur le stockage muséal dans le monde en 2024, puis à la création la même année du Comité international sur les collections en réserve (ICOM Storage).

Documents d'archives – Nouveaux domaines professionnels

La formation professionnelle du personnel des musées dans le monde – État actuel de la question, Unité de formation de l'ICOM, 1972
©ICOM (International Council of Museums)

Élargissement des définitions et des rôles des musées

Définir le «musée» est resté un sujet sous-jacent tout au long de l’histoire de l’organisation. En 1946, la création de l’ICOM en tant qu’association à but non lucratif régie par la loi française de 1901 a nécessité la rédaction de statuts précisant les critères pour en devenir membre, et donc de définir le périmètre du musée. La première définition du musée par l’ICOM était donc une exigence légale et caractérisait un musée principalement en fonction de la nature de sa collection (cf. Article 2, Section II, Statuts de 1946).

Une formulation révolutionnaire pour son époque

Néanmoins, la définition actuelle du musée par l’ICOM diffère grandement de la première. Elle a été révisée à de nombreuses reprises (1951, 1961, 1974, 1989, 1995, 2001, 2007 et 2022), en réponse aux débats et aux attentes de chaque période historique. En particulier, la définition de 1974 fut le résultat de discussions intenses commencées lors de l’Assemblée générale de 1971 à Grenoble. Le profond désir de changement et d’adaptation à la société exprimé par la jeune génération a conduit à un ajout significatif, les musées étant désormais définis comme une institution «au service de la société et de son développement». Cette formulation était révolutionnaire à l’époque.

Le rôle durable du musée dans la société

Cette même année 1971, Georges Henri Rivière exprimait l’opinion suivante : «une constatation s’impose : le musée traditionnel n’a plus sa raison d’être. Pour que le musée, en tant qu’institution d’intérêt public, soit véritablement « au service de l’homme aujourd’hui et demain », il doit prendre, face aux finalités de son action, une attitude constamment critique. ».
Dans l’ensemble, la définition adoptée en 2022 reflète un long processus d’évolution depuis 1974 tout en maintenant sa structure fondamentale. Malgré les révisions et ajouts ultérieurs — notamment l’inclusion en 2001 des concepts de patrimoine matériel et immatériel de l’humanité — la conception fondamentale du musée comme institution au service de la société et de son développement est restée globalement inchangée.

Dans ce contexte, le projet de définition présenté en 2019 par le Comité permanent pour la définition du musée, perspectives et potentiels (MDPP, créé en 2016 et présidé par Jette Sandahl) a suscité un débat important parmi les membres de l’ICOM. À la suite de ces discussions, un nouveau comité, ICOM Define, a été créé pour poursuivre le travail sur la définition. Ce processus a abouti à l’adoption d’une nouvelle définition en 2022 qui a été largement adoptée par les membres de l’ICOM. En résumé, le musée tel que défini par l’ICOM a progressivement évolué d’un établissement centré sur sa collection vers une institution multidimensionnelle dédiée à son public. Aujourd’hui, la question est moins de déterminer ce qui se cache derrière le mot musée que de définir l’avenir commun des musées.

Statuts de l'ICOM et définition du musée, 1951 ©ICOM (International Council of Museums)
Museum International (205): Les Musées et l'Internet (2), Unesco, 2000 ©ICOM (International Council of Museums)

La transformation numérique au XXIe siècle

L’ICOM est engagé depuis longtemps dans la transition numérique et s’est adapté à la transformation des technologies de l’information et de la communication.
Dès 1981, l’organisation a créé sa première base de données bibliographique informatisée, témoignant d’une prise de conscience précoce du potentiel des outils numériques pour la documentation et le partage des connaissances.

Les professionnels de musées se tournent vers le web

Dans les années 1990, ces questions ont pris davantage d’importance, comme en témoigne la publication d’un livret L’Internet pour les musées (1995) et de deux numéros de Museum International intitulés Les musées et Internet (1999 et 2000), reflétant l’intérêt croissant des professionnels de musées pour le web comme nouvel espace de communication et d’accès à l’information. Au cours de cette période, plusieurs plateformes numériques ont été progressivement lancées, notamment le site web général de l’ICOM (1997, puis 2005, 2010 et 2018), l’Observatoire international du trafic illicite de biens culturels (2014), et des sites web standardisés – les mini-sites – pour les comités internationaux ou nationaux et les alliances régionales, contribuant à la structuration et la visibilité du réseau.
En 2001, l’ICOM a développé le domaine de premier niveau .museum via l’association MuseDoma (Museum Domain Management Association), créée avec le soutien du J. Paul Getty Trust.

Les outils numériques renforcent l’interaction entre les membres

Au XXIe siècle, la transition numérique a profondément transformé les pratiques collaboratives, les modes d’échange professionnel et la coopération transfrontalière au sein de l’ICOM. La standardisation et la multiplication des sites web pour les comités internationaux, les comités nationaux et les alliances régionales ont facilité la circulation de l’information et la coordination des activités. Les outils numériques ont permis une interaction plus régulière entre les membres, complétant ainsi les formes traditionnelles de collaboration basées sur les conférences et les rencontres en personne.

La pandémie de COVID-19, a marqué un tournant en accélérant considérablement les pratiques numériques au sein de l’ICOM, comme pour de nombreuses institutions. En 2020, l’organisation a tenu sa première conférence internationale spécifiquement consacrée à la numérisation des collections muséales, mettant en évidence à la fois les enjeux techniques et stratégiques liés au patrimoine numérique. La même année a également vu l’adoption généralisée des réunions statutaires en ligne et des groupes de travail à distance, assurant la continuité institutionnelle tout en élargissant la participation des membres dans les régions où leur implication était jusque là freinée par des obstacles logistiques ou financiers.

La numérisation durable et l’IA soulèvent de nouveaux défis

Aujourd’hui, l’ICOM fait face à de nouveaux défis liés à la numérisation durable et à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans le domaine muséal. Au-delà des considérations techniques, ces développements soulèvent des questions d’ordre éthique et de gouvernance, comme les normes professionnelles où l’inégalité d’accès aux ressources numériques. La transformation numérique a permis de développer des outils de diffusion et de collaboration de portée mondiale, mais c’est aussi un sujet de réflexion incontournable pour qui s’intéresse au rôle des musées dans le futur, à la production et la circulation des savoirs, et aux responsabilités des professionnels de musées dans un monde de plus en plus interconnecté.

Galerie d’affiches – Campagnes de musées et Journées internationales des musées

Affiche promotionnelle pour la Semaine des musées, 1959
©ICOM Italie

80 ans, trois regards sur l’ICOM

Amareswar Galla, ancien Vice-Président de l'ICOM

Au-delà des apparences 

Comment les musées peuvent-ils devenir des institutions véritablement inclusives ? Au cours de quatre décennies d’engagement auprès de l’ICOM et de l’UNESCO, j’ai été témoin de l’évolution des musées : de lieux centrés sur les collections à des espaces civiques favorisant le dialogue interculturel, la réconciliation et la participation des communautés. Les musées ne peuvent pas répondre aux attentes de tous, mais ils peuvent devenir des lieux de bienêtre et d’imagination pour construire un monde meilleur pour les générations futures. En respectant la diversité culturelle et linguistique et en accordant une place centrale à la « First Voice » des principales parties prenantes en tant que dépositaires du patrimoine, les musées peuvent repenser les espaces de transition entre des frontières culturelles complexes et créer des avenirs plus équitables et inclusifs. Nous devons tous être de bons ancêtres. 

Amareswar Galla lors du colloque international sur la préparation aux catastrophes liées au patrimoine culturel, à Hyderabad, en Inde, en 2003 ©ICOM Inde
Marion Bertin, présidente de l'ICOFOM © Photographe : Aurélie Apat, ISPOLE, 2026

Marion Bertin, Présidente du Comité international pour la muséologie (ICOFOM)

L’une principales forces de l’ICOM est d’être à la fois une plateforme où s’élaborent des orientations stratégiques pour le monde des musées, et un réseau mondial favorisant réflexions et rencontres inter-professionnelles. L’ICOM lance des passerelles par dessus les frontières géographiques et offre un espace commun aux différentes manières de penser et de concevoir les musées. Notre association joue également un rôle essentiel pour la transmission et les échanges intergénérationnels. Alors que nous traversons une crise mondiale aux multiples facettes, l’ICOM doit conserver sa capacité à mettre en relation les professionnel.le.s de musées et à encourager le débat critique, la réflexion et le dialogue, en favorisant l’émergence de nouvelles voix, en particulier issues des jeunes générations et des minorités. Et ce au service d’un objectif commun : continuer à bâtir une communauté unie par et pour les musées.

Antonio Rodriguez, Président de l'ICOM

Les mots de Chauncey J. Hamlin, écrits au lendemain de la guerre, décrivaient un état d’esprit, pas encore une structure. Cette exposition numérique nous offre un aperçu de ce que cet esprit a rendu possible : huit décennies de réalisations, d’expansion et de transformation remarquables que peu auraient pu imaginer lors de ce rassemblement parisien d’après-guerre en 1946.

Aujourd’hui, la vision du premier président de l’ICOM est devenu un réseau mondial sans égal avec plus de 67 000 membres dans 137 pays et territoires, avec 121 comités nationaux, 35 comités internationaux, 7 alliances régionales et plus de 20 organisations affiliées.

Cet esprit est devenu une définition du musée, révisée huit fois à travers de profonds débats. Il est devenu un leadership véritablement mondial avec de nouveaux présidents d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et des Caraïbes rejoignant les présidents européens, de nouveaux comités dans des régions sous-représentées, de nouvelles plateformes internationales embrassant des domaines innovants de la pratique muséale, de nouveaux engagements éthiques et de nouvelles connexions numériques couvrant tous les fuseaux horaires.

Quatre-vingts ans après, le monde reste un endroit compliqué. Des conflits continuent de menacer le patrimoine culturel, de déplacer des communautés et de peser sur le travail des professionnels de musées d’une façon qui nous rappelle combien la paix peut être fragile. Et pourtant, c’est précisément pour cela que l’ICOM existe. Les réalisations de ces huit décennies ont quelque chose d’important à nous enseigner : le pouvoir des musées de générer du bien-être, de favoriser la compréhension et de construire la paix dans les communautés du monde entier ne diminue pas dans les moments difficiles. Il devient plus important que jamais.

En tant que président, je suis convaincu que notre plus grande force ne réside pas dans notre taille, mais dans notre capacité à rassembler nos différences et à agir, collectivement, au service de quelque chose de plus grand que n’importe quel musée, nation ou région.

C’est à nous d’écrire le prochain chapitre de l’ICOM.

 

Antonio Rodriguez, président de l'ICOM (2025-). ©Dubai Arts and Culture Authority

Explorer les ressources numériques de l'ICOM

Créé en 1948, le Centre de documentation de l’ICOM est désormais passé au numérique et accessible à tous : La bibliothèque en ligne offre un accès direct à une vaste sélection de documents, d’outilsde référence et de ressources diverses.
L’Espace membres de l’ICOM offre un accès exclusif aux archives numériques de l’organisation, pour explorer son histoire à travers une collection riche de documents inédits, comprenant écrits, photographies et affiches.